GAMBIT
réalisation, scénario: Sabine Gisiger
images: Reinhard Kocher
montage: Patricia Wagner
musique: Balz Bachmann, Peter Bräker
son: Andreas Litmanowitsch, Matteo de Pellegrini
production et droits mondiaux: Dschoint Ventschr Filmproduktion
Zentralstrasse 156, CH - 8003 Zürich
tél. +41 44 4563020/fax +41 44 4563025
office@dschointventschr.ch, www.dschointventschr.ch
co-production: SF DRS, Lichtblick Köln, WDR Germany
distribution CH:
Look Now! - Bea Cuttat
Gasometerstrasse 9, CH - 8005 Zürich
tél. +41 44 4402544/fax +41 44 4402652
info@looknow.ch, www.looknow.ch
CH/Allemagne 2005, 35 mm, couleurs, 107'
v.o. allemand, anglais, italien, français; st. allemand/français
Née en 1959 à Zürich, Sabine Gisiger a fait des études d'histoire de 1980 à 1987 aux universités de Zurich et Pise. Dès 1988, elle travaille régulièrement pour la télévision suisse alémanique DRS pour laquelle elle tourna de nombreux reportages et enquêtes journalistiques en Suisse et à l'étranger (entre autres pour les émissions "Rundschau" et "NZZ-Format"). Parallèlement, elle commenÁa une carrière de cinéaste documentaire indépendante qui, dans le cas de Do It (2000, en co-réalisation avec Marcel Zwingli), lui valut un éloge international ainsi qu'en 2001, le prix du cinéma pour le meilleur film documentaire suisse. Parmi les autres films réalisés: Die letzte Jagd (1990, court-métrage), Motor Nasch (1995), Homeland (2003, film documentaire pour la TV).
Quand la justice doit découvrir les coupables d'un désastre et que le plateau de la balance perd son équilibre, le langage populaire allemand énonce avec méfiance "On pend les petits et on laisse courir les grands!". Mais, dans le cas du "désastre de Seveso" en 1976, lorsque Icmesa infecta par de la dioxine très toxique de vastes régions entourant la petite commune lombarde, les exigences de la justice furent satisfaites. En condamnant Jörg Sambeth, directeur technique de Givaudan à Genève, dont Icmesa était la filiale - Givaudan étant elle-même filiale du groupe Roche - on a condamné au moins un poisson d'une certaine envergure. Alors tout est bien, pourrait-on penser. Certes le condamné se reconnaît coupable, aujourd'hui encore, fait preuve de repentir sincère, même en plus de honte et d'humanité, mais le film documentaire d'investigation de Sabine Gisiger dévoile un tableau beaucoup plus complexe. Monsieur Sambeth n'était qu'un pion à sacrifier (que l'on nomme aussi "gambit" au début d'une partie d'échecs), parfaitement mis en place, pour servir de seul bouc émissaire à ses supérieurs directs et surtout pour préserver le bon nom de Hoffman-La Roche.
Le récit de la vie agitée de Sambeth, à qui le film donne largement la parole lors d'entretiens, compose le fil rouge du documentaire qui trace avec du matériel d'archives, des documents et autres interviews, un pan d'histoire contemporaine et économique, passionnant du point de vue dramatique et même parfois tragicomique. Il permet de jeter un coup d'úil dans l'Olympe du pouvoir, dans le monde radieux de la direction du groupe suisse qui préfère fêter avec pompe et à grands frais ses propres succès plutôt que de dépenser quelques francs en plus pour les systèmes de sécurité. Une direction qui, dans le cas d'une catastrophe, tout d'abord ne réagit pas, puis de manière non coordonnée et maladroite. Cela est surtout dû au fait de la raideur de la hiérarchie interne n'admettant ni opposition, ni le moindre doute. Malgré cela, le film de S. Gisiger ne recherche pas l'effet qui condamne avec l'index pointé du journalisme de boulevard et ne veut pas obtenir le scoop à tout prix. Des recherches toujours sobres et soignées, allant jusqu'au détail scientifique, étayent le film et éclairent surtout l'aspect humain - avec tous ses bons côtés et ses faiblesses.
Et encore une remarque: la cinéaste a demandé des prises de position devant caméra à des responsables hauts placés. Ils refusèrent avec l'argument qu'après tant d'années, le sujet n'intéressait plus personne. C'est ce que l'on verra. (tb)